mercredi 26 mars 2014

CARAÏBES






CARAÏBES




















Et ce cri a empoisonné ta vie
Maintenant tes cheveux sont blancs
Le cri de cet homme
Il était debout en plein soleil
Et ne cherchait même pas l’ombre du manguier
Près de la barque tirée sur le sable blanc
Vol des chauves-souris

Roussettes
Soie sur l’océan
Mais leur cri est atroce
Cri jailli de la roue du moulin à cannes
Des engrenages d’acier
Des dents de fer
Bagasse

Du plus profond de la gorge
Ô maman !
Brûlure de l’alcool blanc
Alcool des îles
Des îles parties à la dérive
Jusqu’où la dérive ?
Cingle des fouets sur les peaux à vif

Longues traînées blanches sur l’Océan
Les premiers sur cette terre
Qu’il te faut inventer
Il faut marcher et chaque pas t’éloigne
Au fil des jours
Au fil des ans
Et ce cri a empoisonné ta vie

Rhum-pays
Versé sur les blessures des ans
À vif encore et pour longtemps
Longues patiences
Rage cachée du crabe au fond de son trou
Je t’en sortirai
Je t’en sortirai

La sente au flanc de la colline
Morne rouge
Épines des buissons
Le tranchant des cailloux de basalte
Je t’en sortirai
Je t’en sortirai
Je te sortirai de ta rage

Ô Jésus !
Tambour
Tambour
Chante
Gros kha
Le titi racoon
Et les chutes du Carbet

Chante à coups sourds
Jusqu’à te faire mal aux mains
Jusqu’à la rougeur de tes paumes
Fleuri-Noël pourras-tu les adoucir  ?
Morsure de serpent empoisonne les veines
Ô cœur !
Ô, sapotille !


Rhum-pays au petit matin
Pour le décollage
Sens-tu la vanille ?
La banane-figue
Bois-côtelettes
Gommiers
Bois-bander

La vie
Tambour
Tambour
Chante
Ô papa !
Papa-soleil
Chante à coups sourds

Mais la flûte au petit matin
Fleur d’hibiscus et de balisier
L’oiseau siffleur
La rose-porcelaine
Ilang-Ilang
Le catalpa et les orchidées
Ce soir une étoile brillera
À la pointe du morne
Morne rouge
Ce soir une étoile va briller
Dans le bol de la darse morte
Odeurs de vases
Odeurs de mort
Placenta
Odeurs de naissances et de vies
Les filaos  dans le vent !
Tambour
Tambour
Ô maman !

La saintoise nous attend sur le sable 
« Dieu Merci ! »
C’est son nom
Catalpas et orchidées
C’est ma liberté de chanter …




lundi 25 mars 2013

VOYAGES







Polynésie

Au récif de corail

L’océan déroule un rouleau de soie versicolore

Explosions en chutes de cristaux

De gauche à droite

Des hyménées dans le chœur des églises

Robes à volants

Paréos.

                         *




Le volcan Yasour (Vanuatu)

Mon coeur qui bat

Rouge carmin

Tout au fond du cratère

À cœur ouvert

Un lac couleur de soufre

Serti dans une plaine noire

Forêt

Forêt

Fougères

Banians

Orchidées

Lianes

Tourterelles et pigeons verts

Iodlis venus de la forêt

                             * 


Guadeloupe


Nuit

Chanson du ruisseau

Odeur de mangues sauvages

Haleine tiède de la brise

Escarbilles des lucioles 

Odeurs moites de sexes humides

De fougères et de mousses

Velours des orchidées épiphytes

Une chauve-souris frugivore

La flûte d’un oiseau sur trois tons




                             *




Mahé des Seychelles


Sans soucis

Parfums de thé vert

Roches de granit

Au loin la mer comme une euphorie


Peuple né d’hier

Qui bâtit son aujourd’hui

Peuple libre

Coryphènes d’argent

Et porcelaine des coquilles

Palmiers

Noix de cocos étranges


Le paille-en queue à l’aplomb de la falaise

Tel un cerf-volant

Vanille


                           *



Le Laos

Le chant nocturne des crapauds

Le parfum du riz violet

Cent millions d’éléphants

Poussières rouges sur les feuilles des frangipaniers

Bûchers des défunts

Le buffle noir dans sa bauge

Fleur de lotus




                           *




La Thaïlande

Soies de Surin


Brodées

Sanctuaires de latérite rouge

Le marché aux fruits sur le fleuve

Fruits de toutes couleurs

Toutes odeurs

Toutes saveurs

Amoncellements de paniers et d’orchidées

Tout un peuple qui vit parmi les klongs

Les bonzes

En robes safranées

L’obole du riz et du poisson séché




                           * 



Sri Lanka


Crémations

Crémations

Saris et filles splendides

Ruines des sanctuaires millénaires

Bouddhas de pierre

Saluer trois fois

Le bouquet de fleurs de lotus entre les deux mains jointes

Briser la noix de coco sur la stèle

Pélicans

Odeurs de poisson salé




                                     *






LE DÉTROIT DE MAGELLAN ET LE CANAL DE BEAGGLE




Paysage couleur de tôle


Tôle galvanisée

Terne

Étain en haut

Plomb en bas

Lévitation

Tapis volant


              *



Blessures dans la roche

Blessures profondes

Nécroses

Fin du monde

Tout est gris

Rocs

Murs

Arbres rabougris



                  *



Silence

Silence à force d’accoutumance

Mon cœur bat-il encore ?

L’horreur

L’horreur d’une beauté grandiose

Faille

Failles et glaciers

Épouvante muette

Tout est gris

Des glaçons dodelinent

Se heurtent

Se saluent,

S’éloignent

Se rapprochent

Muets



                *




Pas un être vivant

Pas un marsouin

Pas une baleine

Un phoque

Une otarie

Un poisson qui sauterait

Mais peut-on sauter hors de cette eau ?

Pas une vague

À peine une aile là-bas

Au ras de l’eau

De ce qui doit être de l’eau

Grise

Et qui se replie très vite

Est-il vrai que quelque chose a bougé ?

Roc

Roc

Roc

Roc roc

Basculé

Bousculé

Dressé

Griffé

Fracturé

Déchiré

Vertical


                   *



Carcasses de bateaux naufragés

Pourries

Rouillées

Rougies

Blanchies

Noircies

Muettes

Mortes


                     *




L’ange de la mort planerait-il

Quelque part ?

Même l’ange de la mort n’est pas là et sa voix s’est perdue

Le monde est minéral et métallique

Seul le vide règne ici

Mon âme est immobile

Satan

Une glissade sur ton aile

Pour que se meuve quelque chose ici !



                   *



Âmes des marins d’autrefois

Où êtes-vous parties ?

Achab

Capitaine Achab

La dunette est vide

Les chants des matelots étaient-ils trompeurs ?

Aucun d’entre vous n’a-t-il abordé à Valparaiso ?

Âmes des Alakaloufs

Avez-vous cessé de gémir ?


                    * 



J’ai vu le condor des Andes

Mort

Desséché et racorni

Son œil était gris

J’ai vu des monceaux de pierres

De pierres et de coquilles

Vides

J’ai vu une croix de bois

Elle étendait les bras

Des bras sans couleur

Elle disait la mort



                 *


Ah ! Que vite

Très vite

On voie venir ici un autobus

De toutes les couleurs

Que vite une trompette sonne ici !

Que vienne ici

Une troupe de clowns de pingouins et de canards

Que sonnent  tambours et  cymbales

Ou bien qu’une cloche sonne !

Au moins qu’une flûte  pleure ici !

Que nos âmes retrouvent vie

Et que nous chantions à nouveau

Les voiles qui claquent

Et les haubans qui vibrent !



                    * 

Au milieu  du dernier village

De tôles et de bois noircis

On a dressé une pauvre balançoire

Quand le temps le permet

Des enfants s’amusent ici 

Pour l’heure, la balançoire est vide …




                           *





L’ÎLE DE PÂQUES



Rien
Rien du tout
Ou presque rien
Dans l’océan
La roche nue
Trois tôles ondulées
On vend  quatre morceaux d’obsidienne
Cratère
Eau verdâtre
Quatre moaïs
Énigmatiques
Tournant le dos à la mer
Le dernier des arbres pasquans
Se désole de sa solitude
Dans le jardin botanique de Menton




                                    *






CONGO BRAZZAVILLE

Révolution du Socialisme Scientifique
Tout pour le Peuple
Rien que pour le Peuple
Les gamins ont des fusils
Au marché de Poto-Poto, on vend les macaronis
Par paquets de cinq
Et des singes écorchés
Séchés
Fumés
Soviétiques et Chinois
Se déplacent trois par trois
Les Français se retrouvent
À la piscine des caïmans
Le fleuve Congo est une large prairie
Plantée de jacinthes
De l’autre côté c’est le Zaïre
Baobabs
Pirogues sur les berges
Veilleurs aux frontières
Il est prudent de ne pas s’écarter hors de la ville




       
                            *





LA MARTINIQUE


Hibiscus


Et cocotiers

Canne à sucre

Et bananiers

L’océan multicolore

Mais d’abord le volcan

Et le souvenir

Cendres

Où fut une ville

Cloches fondues

Alambics tordus

Murs noircis

Sous les flots

Navires brûlés

Ah ! Souvenez-vous des madras

Et des foulards !

Souvenez-vous

La rue « Monte-au-Ciel » !




                             *
  






TOKYO


Vous avez dit « fourmis » ?

Oui, fourmis courant dans tous les sens

Mais fourmis très civilisées

Politesses

Courbettes

Fourmis affairées

Perpétuellement



Sanctuaires au pied des buildings

Partout

Bâtonnets d’encens

Aspersions

Vénération

Trains silencieux et propres

Vastes jardins

Dans les bassins nagent des carpes

Et les pins sont taillés en nuages

Des corneilles croassent sur les réverbères


Parfois on rencontre

Des échappés de mangas


                              *






QUÉBEC



C’est Saint-Malo
Ceinturé par ses remparts
Le Château Frontenac
Des traîneaux sur la neige
Tirés par des chevaux

Sur le fleuve
Courses de barques
Parmi les glaçons

Des artistes taillent
Des palais et des statues de glace
Au hurlement des tronçonneuses

Mais par-delà les murs
C’est New-York
C’est avant tout la neige

Le Chef des Hurons
Vend des peaux et des masques
Dans une cabane en bois
Devant la porte
Sa Cadillac attend
Jaune



                            *







BANGKOK


Des voitures et des tuk-tuk


Des chromes et des nickels

Klaksons et  sonnettes

Jaune

Jaune d’or

Rouge

Et l’argent des bols

De pacotille

Que les bonzes tiennent à la main

Crânes rasés

Riz

Poisson et riz

Échafaudages de bambous

Sur quinze étages

À genoux les femmes

Mains jointes

Feux rouges

Feux verts


Feux clignotants

Sur une terrasse un homme fait de la gymnastique

BRRRRROU !

                        KKKKRRRÄ !

Motos

Tuk-tuk

Automobiles



Épaules nues

Voiles de soie

Bannières et drapeaux

Banderoles et pancartes

Rouge

Vert et or

Jaune

Jaune et blanc

Fleurs de soie

Fleurs de papier


Gong

Gong et sono électronique

Masques

Vive la liberté ?

Idoles

Masques grimaçants

Siva  danse

Parfum de soupe au poulet

Danse de mort

Les feux verts déclenchent un vacarme

Les feux passent au rouge  

Silence immédiat

Je ne comprends pas la langue

Et je ne sais pas lire leur écriture

Nouilles de riz

Tout cela m’est étrange

Sauce aigre-douce

Autobus bloqué sur un pont

Le fleuve roule ses flots rouges et jaunes

Passe en silence un sampan rond comme une barrique

Une passerelle métallique enjambe la rue

Pots d’échappement

Âcres fumées jaunâtres

Klongs

Klongs malsains et liserons d’eau

Le muffle noir du buffle et ses cornes





Orchidées

Monceaux

Montagnes d’orchidées

Violettes

Violettes ou blanches

Filles splendides

Vénéneuses filles-fées

Alcools frelatés

Relents d’opium

Fruits

Fruits rouges

Fruits verts

Blancs ou jaunes

Ronds ou bien ovales

Brillants ou ternes

BIzarres ou familiers

Poules aux pattes liées

Canards nus et laqués

Pendus par le cou

Dénudés

Indécents

Poissons-chats

Fleur de lotus

Des paniers

Des légumes

Des choses étranges dans des bassines

Et qui grouillent

Ou sur les étals

Massage

Massage

Voulez-vous une lady ?

Massage ?

Odeurs suspectes indéfinies

D’épices

De sexe

De marécages

Nous irons ce soir à la Panthère Rose

Pour voir danser les filles

Odeurs de plantes succulentes

De champignons

De thé

De fauves

De frangipaniers

Tous les locaux sont climatisés

Dehors c’est la vapeur du sauna




Pierres fines

Œil-de-chat

Œil de tigre

Pierres de lune

Opales


« On a trouvé

Pan pan pan pan

Dans les couloirs du Palais

Pan pan pan pan

Une femme assassinée »



Saphirs bleus

Bleu-de-nuit

Bleu-de-ciel

Topazes

Topazes brûlées

Topazes-de-miel

Rubis

Rubis-cœur-de-pigeon

Ou rubis-sang-de-dragon

Comme on étalerait des mandarines

Or

Or jaune

Or rouge

Or blanc

Chaînes d’or

De guingois baraques de bois au long des voies ferrées

Petits singes enchaînés

Médaillons

Boucles

Plaques

Coffres et coffrets

Argent

Argent niellé

Argent gravé

Cuivre

Bois sculptés

Bois dorés

Et le piment donc !

« Vive la liberté ! »

Mélodie

Mélodie à bouches fermées

Comme un bourdonnement

Et la nuit

Foule autour des abris

Sous lesquels on vend Chanel

Cartier

Louis Vuitton

Dior

Rolex

Lacoste

Et je ne sais quoi

Contrefaçons très bien imitées

                      * 

Toits des pagodes

Ailés et cornus

Dorés

Portes sculptées d’apsaras ou de grimaçantes figures

Et derrière les dagobas

Fumée des fours crématoires

« C’est la vie ! »

Escalator doux et silencieux …

« Votre avion décollera demain à vingt-deux heures trente

Convocation à l’aéroport deux heures avant le décollage »

Ceci dit en Anglais que je parle mal.